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Mercredi 13 décembre 2006

Voici une première rubrique. D’autres viendront.

 

Et voilà ! Comme prévu, M. Pascal Sevran restera sur France 2 (voir « Le racisme est à la mode cet hiver »). Pour preuve, cet extrait d’une lettre du directeur général, Philippe Baudillon : « Des mots très graves ont été prononcés. Ils sont contraires à l'esprit du service public. [...] Dans la mesure où ces propos n'ont pas été tenus à l'antenne, il n'est pas de notre responsabilité de diffuseur de les sanctionner directement. La justice ayant été saisie, elle y donnera les suites appropriées. [...] Je vous invite solennellement pour l'avenir à vous abstenir de toute prise de position contraire à l'éthique du service public, faute de quoi nous nous verrions dans l'obligation de remettre en cause le principe de votre collaboration sur France 2 ».

Le rappel à l’ordre de France 2 ne vous a sûrement pas échappé. Mais à quoi bon tenir de belles paroles sans les respecter, si ce n’est pour défendre une moralité fictive et, vous l’aurez compris, gagner le pardon des téléspectateurs ? France 2, chaîne du service public, se doit de virer Pascal Sevran (ça me fait mal au doigt rien que de l’écrire) ! Mais enfin, quel est ce pays où l’on peut balancer à tout va sur des « sous-hommes », ces « Noirs », ces « Arabes » ou ces « juifs » ? J’ai parfois, voire souvent, honte. Que fait ce pays schizophrène, qui vote des lois condamnant jusqu’à un an de prison toute personne qui nie le génocide arménien (voir article France, Turquie, Arménie : quand la politique saisit l'Histoire) et qui, paradoxalement, ne fait rien contre la dérive raciste qui touche le pays ?

La France est-elle devenue indifférente ? Finalement, peut-être l’a-t-elle toujours été. Elle est sourde au racisme, aux revendications quelles qu’elles soient. Elle fait passer des lois en force (le gouvernement Villepin a d’ailleurs cette fâcheuse tendance à passer outre le débat), elle ridiculise en les folklorisant ses cultures régionales. Elle sépare et renvoie des familles immigrées (ces « illégaux »), sans même se soucier de leur avenir et des conséquences que cela peut avoir pour un enfant d’aller dans un pays qu’il n’a jamais connu, ou de vivre en France séparé de sa mère ou son père, indésirables sur le territoire français.

Une France qui prône et revendique une pseudo-nouvelle gouvernance, aujourd’hui et depuis toujours entachée par la persistance en son sein d’un étatisme à la française, d’une monarchie dissimulée. Une monarchie qui entretient cette noblesse d’Etat dont parlait Bourdieu, qui défavorise structurellement (économiquement, socialement, culturellement) les plus démunis. Une France finalement incapable d’intégrer sous prétexte de son unité et indivisibilité. Marre ! Espérons que les élections de 2007 apporteront une alternative crédible (je ne vous dirai pas laquelle, à vous de deviner !!!), ce dont je doute.

 

Vitachou

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Mardi 12 décembre 2006

Enfin ! Pour ceux qui ne le savaient pas, ce blog était en réalité un exercice dans le cadre d'un cours sur Internet, les articles étaient notés ce qui explique leur conventionnalité (vous pouvez d'ailleurs continuer à les noter si ça vous amuse). Mais désormais plus de contraintes ! Plus de pression, plus d'obsession de conformité au attentes du prof. La liberté d'expression quoi ! Vitachou fait donc table rase du passé et entame une nouvelle ère moins conventionnelle. D'où la nouvelle mise en page (à ce sujet, toute ressemblance avec le blog de bast64 serait fortuite!). Désolé pour ceux qui perdraient leurs repères, mais comme le dit Chirac "y a que les cons qui changent pas d'avis" !

Vitachou

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Dimanche 10 décembre 2006

Après Georges Frêche, qui considère les Harkis comme des sous-hommes et l’équipe de France de football trop « black » à son goût, c’est au tour de Pascal Sevran de faire connaître la hauteur de ses opinions.

 

Pour l’animateur télé, qui officie sur le service public, « la bite des Noirs » serait responsable de la famine en Afrique. Les Africains, parce qu’ils copulent à tout va, auraient « la mort au bout de leurs bites », a- t-il écrit dans son livre à paraître prochainement, Le privilège des jonquilles. Simple provocation pour doper les ventes ? On ne pouvait en tout cas pas faire mieux dans le vulgaire et l’outrageant. Pire encore, Sevran suggère de « stériliser la moitié de la planète ». La profondeur de ces réflexions révulse. Ces propos sont non seulement abjects, mais illustrent son ignorance, tant ils véhiculent les clichés les plus racistes à l’égard des populations d’origines africaine et antillaise. Des propos que l’on retrouve dans la bouche d’autres grands esprits, tels Le Pen ou de Villiers.

 

Pascal Sevran a non seulement besoin d’une leçon de respect, mais également d’économie et de géopolitique. Rappelons que si la famine endémique qui touche l’Afrique trouve dans le taux de natalité élevé du continent un facteur de « longévité », le problème est moins le nombre de naissances que l’insuffisance des ressources alimentaires et des politiques de contraception et de prévention. En effet, le cercle vicieux de la pauvreté n’autorise aucune confusion entre les causes et les effets. A cela s’ajoutent des situations politiques extrêmement tendues, des conflits quasi permanents qui privent systématiquement l’accès de certaines populations aux ressources alimentaires et/ou qui utilisent la famine comme une arme politique.

Cette famine,- et plus largement la situation économique et sanitaire de l’Afrique (maladies, malnutrition, sida, etc.)- , est aussi le fruit de mauvaises politiques nationales de redistribution des ressources, des échecs successifs des interventions extérieures ou encore des contraintes posées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Mais cela échappe de toute évidence à l’analyse simpliste de Sevran ; or, du simplisme naît le préjugé.

 

Georges Frêche a lui été condamné à de 15 000 euros d’amende pour ses propos sur les Harkis, bien qu’il reste à ce jour membre du PS. Quant à Pascal Sevran, France 2 a simplement exigé qu’il s’excuse publiquement. Curieux pays, où il semble finalement plus facile d’emprisonner un SDF parce qu’il traite Nicolas Sarkozy de « sale Hongrois », plutôt que de s’en prendre aux graves dérapages commis par des personnalités médiatiques. Malheureusement, cette nouvelle affaire illustre – et entretient –une certaine banalisation du racisme en France : après Frêche, Sevran, et les Boulogne Boys du PSG, il semble décidément facile d’être raciste et de le faire savoir sans être réellement inquiété. Attendons les suites qui seront données à la plainte déposée contre Pascal Sevran par le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais pour propos eugénistes et racistes. D’ici là, on peut toujours attendre une décision de l’Elysée qui pourrait déchoir Pascal Sevran de la Légion d’Honneur.

 

Victoria

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Dimanche 3 décembre 2006

C’est au tour de François Bayrou d’annoncer sa candidature samedi 2 novembre à Serres-Castet depuis son Béarn natal. Comme celle de Nicolas Sarkozy, cette déclaration ne surprend guère, mais mérite d’être saluée à plusieurs égards.

Si son projet d’union politique, tout aussi honorable qu’il soit, semble difficilement réalisable, le Président de l’UDF et député des Pyrénées-Atlantiques a au moins le mérite d’attaquer de front les vices et perversions de notre « démocratie ». Un discours critique que la gauche semble avoir perdu de vue dans le tourbillon électoral. Sans doute est-il trop couteux de s’en prendre au système lorsque l’on est candidat aux élections. Là est le tour de force de François Bayrou. Alors que l’on ressent une certaine frilosité à parler du renouvellement des institutions, si ce n’est à travers des formules paradoxales et vides de sens telle que « la rupture tranquille » de Nicolas Sarkozy, lui prône au contraire ouvertement la nécessité de purger la machine.

 

Entre Acrimed et Pierre Bourdieu (un autre Béarnais), Bayrou s’en prend aux médias et à la noblesse d’Etat qui règne sur les institutions françaises. Et il est vrai qu’en France, des pratiques politiques dignes de l’Ancien Régime perdurent. La vie politique française est un système de cour et privilèges entre puissants, notamment entre hommes politiques et médias. Des médias qui se musèlent pour protéger des acteurs politiques, à l’image de Paris Match qui avait censuré une partie de l’entretien de l’ex-tennisman Yannick Noah, alors désigné personnalité préférée des Français, dans laquelle il affirmait : « si Sarko passe je me casse ». La suppression s’est faite sur ordre d’Arnaud Lagardère, propriétaire de nombreux médias dont Paris Match, et accessoirement témoin de mariage de Nicolas Sarkozy, après un coup de téléphone de ce dernier. Et les exemples sont nombreux. Ce sont ces mêmes médias qui imposent par leur cadrage une bipartition du monde politique, présentant aux électeurs un choix « tout fait ». Une position que revendique par ailleurs Etienne Mougeotte vice-président et directeur d'antenne de TF1, chaîne qui elle appartient à Martin Bouygues autre intime de Sarkozy.

 

 

 


Parce qu’on ne s’en lasse pas, voici l’intervention de François Bayrou
le 2 septembre 2006, au 20 heures de TF1 présenté par Claire Chazal

 

Mais le seul vice n’est pas là. Ces pratiques sont soutenues par la reproduction d’une élite politique passée par Science po et/ou l’ENA. Où se situe alors le changement ? Dans la rupture tranquille d’un Sarkozy, ancien (mais non diplômé) de l’IEP de Paris, qui considère son accession au trône présidentiel davantage comme une victoire personnelle que comme un contrat envers les citoyens ? La nouveauté est-elle dans la posture de sa rivale, ancienne de l’ENA, symbole même d’une politique de l’ancien temps ? Il semble finalement que Bayrou soit le vainqueur de la course à la nouveauté à laquelle se livrent les deux prétendants. Ni hystérique, ni people cet agrégé de lettres classiques, ancien bègue, fils d’un cultivateur et d’une agricultrice, provincial et parlant le béarnais, bouscule résolument les habitudes.

 

Victoria

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Dimanche 26 novembre 2006

4 à 2 : il n’en fallait pas plus aux supporters du Paris Saint-Germain (PSG), les « Boulogne Boys » du Parc des princes, et aux forces de l’ordre pour montrer respectivement leurs extrêmes intolérance et incompétence.

 

C’était semble-t-il la défaite de trop. Après une longue série d’échecs, les supporters de la tribune Boulogne, dont les penchants racistes sont connus (contrairement à la tribune Auteuil « black-blanc-beur »), n’ont pas supporté l’affront subi à domicile jeudi 23 novembre face au Hapoël Tel-Aviv d’Israël. Mais les vainqueurs ont une circonstance aggravante à leurs yeux : celle d’être juifs.

 

La fin du match, déjà mouvementé, a été marquée par l’agression d’un jeune supporter juif, Yanniv Hazout, d’un policier en civil, Antoine Granomort et par la mort d’un supporter parisien de 25 ans, Julien Quemener. Environ 150 Boulogne Boys s’en sont pris à Yanniv Hazout et au policier qui tentait de le protéger, qui avait lui le malheur d’être antillais. Les agresseurs ont d’ailleurs revendiqué leurs motivations et ont frappé les victimes sur fond de : « Sale nègre ! », «la France aux Français ! ».

Le policier et son unique bombe lacrymogène ne pouvaient évidemment faire face. Après avoir gazé en vain, il a sorti son arme et tiré, tuant un des supporters et en blessant un autre, avant de se refugier avec son protégé dans un Mac Donald’s. Là, l’enfer n’est pas fini puisque les agresseurs ont tenté de briser les vitres du « restaurant ». Que se serait-il passé si les vitres avaient cédé avant l’arrivée des CRS ?

 

La légitime défense est bien sûr invoquée. L’un des éléments caractérisant la légitime défense est, en droit, le concept de proportionnalité à la menace. Mais l’appréciation est subjective quand un groupe de supporteurs déchaînés vous agresse, que vous êtes policier, en train de protéger un jeune de confession juive, et qu’en plus vous êtes antillais.

Comment un tel drame a-t-il pu se produire ? Il est incompréhensible qu’en France, pays ou le racisme est puni, que des individus dont l’identité est connue (ceux qui font des saluts nazis et des cris de singes lorsqu’un joueur noir a le ballon) puissent encore être à l’origine de « ratonnades ». Les plus violents sont certes interdits de stade, mais rien ne les empêche de s’y rendre après le match. On se souvient que le 13 novembre, six supporters étaient jugés pour l’agression d’un jeune d’origine sénégalaise à l’issue du match PSG – Le Mans. Et Maxime Brunerie, qui avait tiré sur Jacques Chirac le 12 juillet 2002, était lui aussi proche de ces groupuscules.

 

 

 

 

 Le dispositif de sécurité aurait dû être adapté en conséquence. Pourquoi ce policier était-il seul ? N’est-il pas temps de remettre en question des méthodes de maintien de l’ordre obsolètes, dont les limites ont été révélées lors des émeutes urbaines de l’an dernier et pendant la crise du CPE. L’ordre sarkozyste est également dénoncé par les forces de l’ordre, puisque l’UNSA-Police (syndicat proche du PS) l’a emporté chez les gardiens de la paix. Une question reste posée : pourquoi faut-il toujours attendre que l’incident de trop ait lieu pour prendre conscience du danger que représentent de tels individus et pour repenser les structures politiques et sociales ?

 

Victoria

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